Le monastère des Trois Saints Hiérarques - Musée
A côté de l’église il y a un bâtiment qui abrite un musée d’art religieux, contenant, entre autres, des objets ayant trait à l’histoire du monastère des Trois Saints Hiérarques. L’édifice, également appelé Salle gothique, eut dès le début un destin peu habituel, ayant servi de réfectoire au monastère des Trois Saints Hiérarques (1635-1639), ainsi que de chapelle (XIXème siècle).
Appelée gothique non pour son architecture extérieure, mais pour ses voûtes en forme d’ogive délimitées par des nervures en pierre, cette annexe se fait remarquer par un balcon extérieur avec 12 colonnes cylindriques en pierre et une tour romaine à l’entrée, construite pendant la restauration générale du monastère (1890), pour remplacer la haute tour-clocher à laquelle on avait renoncé. L’aspect actuel de l’église est dû à la restauration de 1960. Dans l’aile ouest se trouvent à présent le siège du supérieur du monastère et quelques cellules.
Dans les cellules des Trois Saints Hiérarques se sont passés des événements très importants pour l’enseignement et la culture roumaine. En 1640, on y installa la première imprimerie de Moldavie, qui servit à l’impression de la Cazania roumaine (Sermonnaire) du Métropolite Varlaam, de son épais traité sur les Sept Sacrements de l’Eglise, de la Réponse au Catéchisme de Calvin, ainsi que du Code de Vasile Lupu, la première anthologie de lois de Moldavie.
A la même époque, le Prince régnant Vasile Lupu jeta les bases du Collège des Trois Hiérarques, première institution d’enseignement de Moldavie, organisée selon le modèle de l’Académie de Kiev. A la fin du XIXème siècle, les cellules des Trois Hiérarques étaient encore le siège du Collège fondé par Vasile Lupu, appelé Ecole Normale (pour la formation d’instituteurs) Vasile Lupu. Le grand poète national Mihai Eminescu, qui avait habité quelque temps dans une des cellules du monastère, figurait en 1874 parmi les membres du jury d’examen de l’Ecole.
Au-delà du but principal pour lequel elle avait été construite, la Salle gothique nous rappelle au moins deux événements cruciaux pour l’histoire du monastère. Tout d’abord, c’est ici que se déroulèrent, en 1642, les débats théologiques pan-orthodoxes qui se conclurent par l’adoption de la Confession de Foi Orthodoxe rédigée par Petru Movila, métropolite de Kiev, événement que l’histoire a retenu sous le nom de Synode de Iasi. Plus tard, en 1888, la chapelle se trouvant dans la Salle gothique, qui abritait temporairement la châsse de Sainte Parascève, fut le témoin d’un des miracles les plus connus et les plus étonnants de la sainte, dont les reliques ne furent pas touchées par le terrible incendie de la nuit du 26 au 27 décembre, quoique tout autour fût consumé par le feu.
Abritant déjà depuis des décennies des objets du patrimoine historique et ecclésial, la Salle gothique se présente depuis le 15 octobre 2001 sous un nouveau jour, l’ancienne collection du musée ayant été enrichie par d’autres pièces, récemment acquises.
Les objets les plus précieux détenus sont, sans doute, ceux qui concernent directement l’église des Trois Hiérarques de l’époque de son fondateur, Vasile Lupu (1635-1653).
Des fragments de fresque de la peinture originale exécutée par des peintres russes témoignent de la grande sensibilité artistique de ceux-ci; un observateur de l’époque manifesta son admiration pour ces chefs-d’œuvre: «une telle œuvre de peinture en miniature, exécutée avec tant de charme, comme sont celles qui se trouvent sur les arcades et les voûtes des deux coupoles de cette église, je n’en ai pas vu dans un autre pays» (Evlia Celebi, voyageur turc). Le tableau votif représentant Vasile Lupu est sa famille a une valeur spéciale. L’icône royale des Trois Saints Hiérarques constitue un témoignage exemplaire de la beauté exquise de l’iconostase exécutée à Moscou en 1639. D’autres objets de valeur illustrant l’époque de Vasile Lupu sont les remarquables épitaphes brodées représentant Tudosca, l’épouse du prince régnant, ainsi que leur fils Ioan, celles-ci étant, selon la tradition, les œuvres de Dame Tudosca. Un épitrachelion brodé et deux coupes en argent plaqué or figurent parmi les donations de Vasile Lupu pour l’église qu’il avait fondée. Il serait hors de question que la collection du musée ne contienne pas un exemplaire de la célèbre Cazania (Sermonnaire) de Varlaam, Métropolite de Moldavie, premier ouvrage moldave en roumain, monument linguistique imprimé dans les cellules du monastère (1643).
Dédié aux arts et à l’histoire ecclésiale de la Moldavie des XVIIe-XIXe siècles, le musée de la Salle gothique se veut un édifice vivant, qui contribue à une meilleure connaissance de notre passé.
Cette tentative est soutenue aussi par l’organisation régulière d’expositions temporaires, qui invitent les visiteurs à entrer dans un espace où le mystère du passé se dévoile, en offrant à celui qui franchit le seuil du musée la clé d’un futur où la beauté sauve le monde.



